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Critiques de livres

Guy GOFFETTE
Les derniers planteurs de fumée
Paris
Gallimard
coll. Folio 2 €
107 p.
2 €

Les planteurs de fumée 
par Joseph Duhamel
Le Carnet et les Instants N°166

Ce volume de contes tient tout entier dans un paradoxe à lire dès la première nouvelle « Partance » dans l’épigraphe de Rimbaud : « On ne part pas ». On ne part pas, mais on rêve, on imagine l’ailleurs, tout vient à soi par le rêve. Et celui-ci permet les voyages les plus justes. Les brefs récits qu’imagine Goffette proposent autant de situations paradoxales : l’enfant devenu homme qui, au fond de l’Ardenne, se retire dans une caravane immobilisée près des peupliers parce que ceux-ci recrachent la mer ; le même enfant, devenu sans doute un autre homme, cherchant partout la mer, ne découvrant que des mers, s’arrêtant dans un village au centre des terres et attendant que la mer vienne l’y rejoindre.
Ce qui séduit dans ce recueil, c’est l’interrogation sur le statut de la réalité, c’est la récurrence d’un certain nombre de thèmes, repris et retissés autrement, des détails qui passent d’une nouvelle à l’autre, avec cette sensibilité aux mots que l’on connaît bien au poète Goffette : le grand-père qui a (peut-être) navigué et qui possède une pipe d’écume que l’on fume sans l’allumer. Et toujours les paradoxes qui ne sont pas que des figures de style mais qui font la perception même du monde : « on n’emporte avec soi que ce qu’on a donné » ; « d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours vécu en exil » ; « cette impression de n’avoir jamais commencé, d’être là depuis toujours à attendre que cela veuille bien se mettre en branle ».